Raphaël Constant (avocat)
LA SUPERCHERIE DE LA « CONSULTATION » DU 4 NOVEMBRE !

   Le vote qui a lieu sur le territoire de la Kanaky le 4 novembre prochain est tout sauf une application du principe juridique du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes.

   C’est même tout le contraire. 

   Il faut rappeler que la France a conquis ce territoire en 1860 (sous Napoléons III) par la force. Qu’une violence terrible fut exercée sur la population qui y fut trouvée et qui résista avec ses faibles moyens contre cette invasion.

  Rapellons que, dans sa grande humanité, l’armée française massacra en masse les Kanaks qui s’opposa à son arrivée, coupèrent la tête des chefs insurgés et les envoyèrent dans du formol au muséum d’histoire naturelle de Paris, situé au jardin des plantes.

   Rappellons qu’à l’occasion des expositions coloniales à Paris, la France amena dans sa capitale des Kanaks enchainés qui furent enfermés dans des villages factices pour que le bourgeois et l’ouvrier français viennent les voir et s’assurer de leur suprématie civilisationnelle !

   Rappelons qu’il faudra attendre plus d’un siècle pour qu’un Kanak obtienne le baccalauréat.

   La France mit en place dès le début une colonisation de peuplement visant à s’accaparer des terres des Kanaks qui furent réduit à la misère et à la mendicité.

   En 1972, le légionnaire Messmer, premier ministre français, rédigea une circulaire visant à amplifier cette colonisation pour transformer ce territoire en un petit « Luxembourg ».

   On aurait pu croire que la victoire de Mitterrand en 1981 allait changer le cours de ce génocide de basse intensité. C’était oublier qu’en matière coloniale, le nouveau président français avait une grande expérience contre l’émancipation des peuples. Il décida, avec la droite, d’imposer un nouveau statut au territoire qui le rivait définitivement à la métropole coloniale.

   Créé en septembre 1984, le FNLKS, qui regroupe ls 5 partis kanaks et le syndicats USTKE, appella les socialistes au dialogue et se heurta à un mur. Le pouvoir colonial voulut passer en force en imposant des élections en novembre 1984.

   C’est ainsi que lors de ces élections territoriales, le FNLKS organise la révolte. Aujourd’hui encore, on se souvient de cette photo montrant Eloi Machoro brisant à coups de hache une urne.

   Il va s’ouvrir une période d’un peu plus de quatre ans où va se jouer un affrontement pour le moins déséquilibré entre une des quatre grandes puissances mondiales et un peuple d’un peu moins de 100.000 personnes. Le résultat en fut l’accord du 26 juin 1988 qui nous est faussement présenté comme juste et équilibré.

   Un jour, les historiens révèleront plus clairement les conditions dans lesquelles cet accord fut arraché aux dirigeants kanaks.

   Mais, d’ores et déjà, on sait que le c’est un FNLKS pourchassé et réprimé que le premier ministre français Rocard a amené à la table des négociations. Souvenons-nous du massacre de Hienghène en 1984 où 10 Kanaks (dont deux frères du Président Tjibaou) sont tués par des Caldoches. Les assassins seront acquittés par la justice française. Souvenons-nous de l’assassinat d’Eloi Machoro, le chef militaire de la branche militaire du FNLKS, par le GIGN en janvier 1985. Assassinat resté impuni. Souvenons-nous du massacre de la grotte d’Ouvéa où les militaires français ont achevé des Kanaks en toute impunité. 

   Lors des négociations, le FNLKS n’a que le droit international pour lui face à la force aveugle française et le racisme des Caldoches. La droite française traite le FNLKS de terroristes. La gauche ne pense qu’à la puissance impériale française. Sauf l’extrême gauche avec la Ligue Communiste tente de mobiliser pour soutenir la revendication kanak.

  Outre la violence et la répression, le gouvernement français a mobilisé aussi l’église protestante de France (beaucoup de dirigeants du FNLKS appartiennent à cette religion) et les loges maçonniques (deux réseaux de Michel Rocard) pour arracher un accord de Tjibaou et ses lieutenants.

   A quel prix ?

   Le premier effet de cet accord est la division au sein du FNLKS. Une de ses composantes, le FULK, le refuse totalement et le PALIKA est tiède à l’accepter. Ceci explique l’assassinat de Tjibaou et de Yeiwéné en mai 1989. 

   En créant et aiguisant les contradictions au sein du FNKLS, le pouvoir français se débarrasse de l’unité kanak et de ses plus expérimentés dirigeants.

   L’accord en lui-même reconnait le droit aux colons de s’exprimer sur l’avenir de la colonie, ce qui est exactement le contraire du droit à l’autodétermination. En fait, les Caldoches, installés par la violence, voient leur présence et domination entérinées par ceux qu’ils ont exploités et pillés pendant plus d’un siècle.

   Les Kanaks obtiennent en contre partie une cristallisation des listes électorales (et non pas une fin de la colonisation de peuplement) et une régionalisation politique qui permet d’envisager que la principale production du territoire, le nickel, passe sous contrôle kanak. En réalité, on verra rapidement que c’est un leurre.

   Le vote du 4 novembre 2018 est la suite de cet accord de 1988 qu’un autre premier ministre socialiste, Lionel Jospin, a reconduit en 1998.

   On sait que les Kanaks sont minoritaires dans le pays et électoralement. Ils représentent environs 40% de la population. 

   Le résultat de la consultation ne fait aucun doute car le bloc des colons est sans fissure.

   Quelle sera la suite ?

   En attente de retrouver leur unité organisationnelle, les Kanaks n’ont toujours qu’une arme qui est le droit international et le soutien de l’ONU. Car, comme pour la partition des Comores avec Mayotte, ce vote n’a aucune valeur aux yeux de la communauté internationale. Le seul exercice du droit des peuples consisterait à ne consulter que le peuple dominé qui a été spolié, le peuple kanak.

   Par ce vote, la France vise à entériner sa conquête de 1860, ses massacres et autres suites violentes. Elle peut le faire car elle a, pour elle, la force et la domination.

   Ce ne sera pas toujours le cas !

   Un jour où l’autre tous les crimes devront être payés.

   Le 02/11/18.

   Raphaël CONSTANT

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