La violence reprend ses droits

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Depuis l’élection présidentielle du 17juin, la violence semble s’intensifier.

AFP/ Rodrigo Buendia.

- AFP

Depuis la signature, le 24 novembre 2016, de l’accord de paix entre le gouvernement et les ex-Farc (la guérilla devenue depuis le parti de la Force alternative révolutionnaire du commun), près de 200 « leaders sociaux », comme on les appelle en Colombie, ont été assassinés, soit parce qu’ils militaient pour défendre les droits de l’homme, l’environnement, soit parce qu’ils avaient une responsabilité locale, voire simplement pour leur appartenance politique.

Les chiffres diffèrent selon les sources : le bureau du Haut-Commissaire des droits de l’homme des Nations unies en Colombie compte 178 assassinats de défenseurs des droits de l’homme depuis 2016, plus 35 qui sont en cours de vérification. La « Defensoria del pueblo » (agence gouvernementale de protection des citoyens) parle de 311 leaders sociaux assassinés entre le 1er janvier 2016 et le 30 juin 2018 ; et l’Institut d’études pour le développement et la paix (Indepaz) de 123 pour les six premiers mois de 2018…

De gros intérêts en jeu

Une chose est sûre : toutes ces morts sont bien réelles et, depuis l’élection présidentielle du 17 juin qui a vu la victoire du candidat de la droite dure Ivan Duque, la violence semble s’intensifier. « Comme si certains secteurs violents, proches des paramilitaires, avaient interprété le résultat de l’élection comme un feu vert pour agir », avance le politologue Daniel Garcia Peña.

Pour le seul mercredi 4 juillet, Ana María Cortes, 46 ans, qui avait coordonné, dans son village de Caceres (sud) la campagne électorale du candidat de gauche à la présidence Gustavo Petro, a été assassinée devant une cafétéria ; Margarita Estupiñan, présidente du conseil communal de son quartier de Tumaco sur la côte pacifique, tuée devant sa porte ; Francisco et Dario Dobigama, deux membres du conseil indigène de Orito (sud) tués sur une route ; Ancisar Fuentes à Chaparral dans le Tolima.

La veille, Luis Cuarto Barrios Machado, président de l’association ASocomulal et aussi militant de Colombia Humana, avait été tué alors qu’il regardait le match Colombie-Angleterre chez lui dans le département de l’Atlantico (nord) ainsi que Santa Felicinda Santa Maria, présidente du Conseil communal de son quartier de Quibdo (département du Choco) ; sans compter les corps sans vie de sept paysans retrouvés avec des signes de tortures…

« Cette violence a évidemment des traits de violences antérieures, mais aussi des aspects propres au post-conflit car depuis la démobilisation des Farc, nous assistons à une dispute pour les territoires que la guérilla contrôlait et où se mélangent désormais beaucoup d’intérêts », explique Daniel Garcia-Peña. Car que ce soit pour contrôler les routes du trafic de drogue, d’or et d’armes, pour accaparer les richesses naturelles et notamment minières, ou encore pour freiner la restitution des terres aux paysans victimes du conflit, les raisons et les acteurs armés ne manquent pas…

L’État a jusque-là minimisé ces assassinats, renvoyant souvent leur responsabilité aux dissidents des Farc, à la guérilla de l’Armée de libération nationale ou tout simplement à la « délinquance ».

Jeudi 5 juillet, le président et Prix Nobel de la paix Juan Manuel Santos a demandé à la police, à l’armée ainsi qu’à la justice « d’agir de manière contondante contre les responsables » de ces crimes « inacceptables ». Gustavo Petro, ex-candidat de gauche à la présidence, a pour sa part enjoint au nouveau président Ivan Duque, via Twitter, de se prononcer sur ces assassinats. Tandis que la société civile a convoqué ce vendredi 6 juillet des veillées en hommage aux leaders assassinées dans toutes les grandes villes du pays et appelle à une grande manifestation le 7 août, jour de l’investiture du nouveau président.

 ANNA PROENZA

Lien article  :   http://www.lesoir.be/archive/d-20180706-GEJ6DF?referer=%2Farchives%2Frecherche%3Fdatefilter%3Dlastyear%26sort%3Ddate%2520desc%26word%3Dviolence%2520dans%2520la%2520colombie