foto de Isabelle Michaud.30 UNION DEPARTEMENTALE FORCE OUVRIERE AVEC NOUS LE 12 SEPTEMBRE plus LA FEDERATION COMMERCE et TRANSPORT DE FO !.

La CGT ne sera pas seule à manifester le 12 septembre.

Ordonnances travail : FO Transports rejoint la CGT "contre cette loi El Khomri bis"

Jean-Claude Mailly, le secrétaire général de Force Ouvrière, refuse de participer à la manifestation contre la réforme du code du travail le 12 septembre aux côtés de la CGT. Une position qui ne fait pas l'unanimité dans les rangs de son syndicat.

La CGT d'un côté, le reste du monde syndical de l'autre. Vraiment ? A la sortie de la concertation entre syndicats et gouvernement sur la réforme du code du travail par ordonnances, c'est la conclusion qui a été un peu trop vite tirée. Car malgré la "déception" et l'"inquiétude" du secrétaire général de la CFDT Laurent Berger et les "points de désaccord qui persistent"selon Jean-Claude Mailly de Force Ouvrière, les deux organisations syndicales n'appelleront pas à faire barrage à la réforme. Elles ne descendront donc pas dans la rue aux côtés de la CGT le 12 septembre. Sauf qu'à FO, tout le monde n'est pas d'accord avec cette ligne. La puissante Fédération nationale Transports et logistique de FO (FNTL FO) a indiqué dans un "Appel commun" publié ce jeudi 31 août avec la Fédération des Transports de la CGT qu'elle fera "de la journée du 12 septembre la première journée de mobilisation (…) pour exiger l’abrogation de la loi El Khomri et le retrait des ordonnances Macron". Pour Patrice Clos, le secrétaire général de la FNTL FO-UNCP, c'est une position "logique",cohérente avec la participation de FO au mouvement contre la loi El Khomri l'an dernier. Entretien. 

Marianne : Alors que votre secrétaire général Jean-Claude Mailly a indiqué que FO ne prendrait pas part au mouvement contre la réforme du code du travail, pourquoi avez-vous décidé d'appeler à manifester le 12 septembre aux côtés de la CGT ?

Patrice Clos : En mai 2016, réuni en Congrès, nous avions décidé de demander l'abrogation de la loi El Khomri. En juin 2017, le bureau exécutif fédéral a décidé de rejeter ce projet d'ordonnances visant à faire passer une loi El Khomri bis qui va encore plus loin que la première. La publication des textes ce jeudi confirme nos craintes, même s'il y a eu quelques évolutions. Notre position est donc logique : nous nous étions mobilisés contre la première loi El Khomri, nous nous mobilisons contre cette loi El Khomri++.`

"Nous nous étions mobilisés contre la première loi El Khomri, nous nous mobilisons contre cette loi El Khomri++"

Comment comprenez-vous la ligne de Jean-Claude Mailly qui, malgré les "points de désaccord qui persistent" selon lui, n'appelle pas à la mobilisation ?

Jean-Claude Mailly a décidé de participer aux rencontres que proposait le gouvernement, il suit sa stratégie et veut aller au bout de la logique. Sauf que depuis le début, il y a un gros problème : comme l'a reconnu Edouard Philippe, la concertation, ce n'est pas la négociation. Le gouvernement a refusé de se mettre sur un pied d'égalité avec les syndicats pour élaborer ensemble une réforme. En partant d'une feuille blanche pour arriver à un projet ensemble, celui-ci aurait été bien meilleur que celui qui a été présenté.

Quels sont les points qui à vos yeux posent le plus problème ?

D'abord, que toutes les analyses montrent que ce n'est pas en flexibilisant le marché du travail qu'on arrive à lutter contre le chômage. Et souvenons-nous des grandes promesses du Medef et du pin's que portait Pierre Gattaz à sa veste annonçant que le patronat allait créer un million d'emplois ! Le gouvernement précédent a même engagé des milliards d'euros avec le CICE et aujourd'hui, où sont les millions de créations d'emplois ? Quant à cette réforme précisément, elle pose de nombreux problèmes. Ce projet va d'abord entraîner un déséquilibre dans les rapports de force entre les salariés et les directions, avec notamment les négociations hors syndicats pour les entreprises de moins de 20 salariés. Surtout que les ordonnances ouvrent la possibilité, entre autres, de remettre en cause les primes d'ancienneté au niveau de l'entreprise. En matière de prud’hommes également, le plafonnement des indemnités est une erreur, tout comme le droit à l’erreur donné à l'employeur en matière de motifs de licenciement. La seule vraie question c'est : est-ce que le Medef est vraiment prêt à créer des emplois ? Ce n'est pas l'actuel code du travail qui l'en empêche.

Quels sont vos objectifs ? Avec le système des ordonnances qui accélère le tempo, vous risquez de manquer de temps pour lancer une large mobilisation…

Tout ne va pas s'arrêter avec la présentation des ordonnances en conseil des ministres le 22 septembre ! Il faut encore que le parlement les ratifie… Et même si c'est le cas, il y a eu des exemples dans le passé où des lois ont finalement été retirées face à la mobilisation des salariés. Ce que nous voulons, c'est lancer un véritable processus de négociation sur le code du travail. C'est à dire que l'ensemble des organisations syndicales soient rassemblées autour d'une même table, et non prises chacune dans des discussions à part et qu'on élabore ensemble, syndicats et gouvernement, une véritable réforme pour lutter contre le chômage.

"Jean-Luc Mélenchon fait ce qu'il veut mais la Fédération des Transports et logistique FO n'ira pas"

Donc le 12 septembre, vous serez dans la rue aux côtés de la CGT. Le 23 septembre, la France insoumise appelle également à une journée de mobilisation. Y participerez-vous ?

Jean-Luc Mélenchon fait ce qu'il veut. A titre personnel, chacun peut s'y rendre mais la Fédération des Transports et logistique FO n'ira pas. On fait du syndicalisme, pas de la politique ! Appeler à un coup de force contre le gouvernement par exemple, ce n'est pas ce que je veux. Je pense qu'il y a là un mélange des genres qui n'est pas utile. Les organisations syndicales s'occupent de protéger les intérêts des salariés, les partis politiques de faire de la politique. Chacun son rôle.

Lien article :  https://www.marianne.net/economie/ordonnances-travail-fo-transports-rejoint-la-cgt-contre-cette-loi-el-khomri-bis